Maison d’arrêt de Carcassonne

Aumônier de prison…, un rôle qui étonne souvent, qui interroge… une vocation, sans doute, mais qui ne se distingue pas, à mon sens, de celle de toute personne qui se veut disciple de Jésus-Christ : annoncer l’amour infini de Dieu à tout homme quel qu’il soit. Bien sûr la prison est un univers particulier, fait de violence infligée et subie- violence faite aux victimes qu’on ne doit jamais oublier, violence institutionnelle faite d’architecture, de règlement, de solitude, d’attente…- pourtant y pénétrer apporte un paradoxal sentiment de soulagement même s’il est teinté d’angoisse. Sourires, regards, souffrances, on reste dans l’humain, qu’on côtoie détenus ou surveillants. A Carcassonne, la maison d’arrêt, malgré la surpopulation, reste à taille humaine. Détenus et surveillants se connaissent et les relations sont rarement tendues. Pourtant chagrin et désespoir peuvent s’y développer ici comme ailleurs. Dans cet univers, l’aumônier est d’abord celui qui écoute. Discours préparés et souci d’efficacité doivent rester à la porte .Le culte est un moment de rencontre avec Dieu, avec les détenus, rencontre des détenus entre eux. C’est aussi, par la célébration commune avec la Mission Tsigane, la rencontre avec d’autres expressions de la foi. Pourtant la visite en cellule est peut-être plus importante. Un sourire, un café pris ensemble, une discussion anodine sont autant de moments privilégiés qu’aucun discours théologique ne peut remplacer. Etre une présence qui ne juge pas, un simple frère en humanité, tel est d’abord, à mon sens, le rôle dérisoire et essentiel de l’aumônier. Parce qu’il se confond avec le témoignage de tout chrétien, il peut être partagé, porté par un groupe, par une paroisse, dans la prière. Quelques-uns, à Carcassonne, s’y sont déjà engagés et qu’ils en soient remerciés. Puissions nous être ensemble ces passeurs de murailles qui font retentir l’Evangile sans tenir compte des barrières humaines !

Jean-Pierre PAIROU