Bien vieillir…

Échos d’une formation qui fut assurée par l’équipe d’aumônerie de Montpellier
(avec les intervenants Françoise Wilder, Inge Ganzevoort et Michaela Bauks)

Conjuguer le verbe « vieillir » n’est pas facile. En disant « je vieillis », nous découvrons que ce n’est pas à un moment lointain, proche de « la vieillesse » que nous vieillirons, mais que nous vieillissons déjà depuis notre naissance. Ce qui fait peur et ce qui fait que nous parlons plus facilement de la « vieillesse » que du « vieillir », c’est ce que l’Ecclésiaste résume dans cette allégorie du vieillir :
« Ce jour-là, les gardiens de la maison tremblent, les hommes vaillants se courbent, celles qui doivent moudre s’arrêtent parce qu’elles sont devenues peu nombreuses, ceux qui regardent par les fenêtres sont obscurcis, les deux battants se ferment sur la rue quand s’abaisse le bruit de la meule, l’on se lève au chant de l’oiseau, toutes les chanteuses s’affaiblissent, l’on craint ce qui est élevé, l’on a des terreurs en chemin, l’amandier fleurit, la sauterelle devient pesante, la câpre n’a plus d’effet car l’homme s’en va vers sa demeure éternelle […]. » (Ecclésiaste 12, 3-5)
Les bras (gardiens de la maison), les jambes (hommes vaillants), les dents (doivent moudre), les yeux (regardent par la fenêtre), les cheveux blancs (amandier en fleur) – l’auteur décrit, en termes poétiques, l’homme marqué par l’affaiblissement progressif des forces, affecté par ce qu’il a perdu.
Et pourtant certains vieillissent « bien », malgré toutes les « pertes » progressives.
Quel est l’enjeu pour « bien » vieillir ?
Une piste de réflexion est notre rapport au « perdu ». En fait, depuis notre naissance, nous avons à faire avec le « perdu ». Nous cherchons ce qui nous rapproche de ce que nous avons perdu et en relançant toujours notre recherche nous vivons un rapport vivant et créatif avec le « perdu ». Dans l’art, dans la musique, dans le chant et dans la littérature s’exprime notre rapport vivant au « perdu ».

Si le rapport au « perdu » est un enjeu pour le « vieillir », comment pouvons-nous soutenir un rapport créatif avec le « perdu » chez l’autre, dans la visite d’aumônerie ?
Il y a des visites ou la confiance a grandi au fil des rencontres et nous pouvons semaine après semaine écouter la même personne qui construit son souvenir et qui élabore son récit de vie dans un travail parfois long et laborieux, mais finalement vivant. D’autres rencontres sont uniques et la personne visitée fait le bilan de sa vie dans l’espace offert d’une seule rencontre.

Dans l’écoute, nous pouvons être des témoins d’un travail de création et de construction qui même à la fin d’une vie est ouverture à la Vie.

Corinna Thomas
Aumônier des cliniques de Montpellier et du Centre Médical du Grau du Roi
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“À tel ou tel moment de leur existence, la plupart des hommes et des femmes ont rendez-vous avec eux-mêmes, avec leur figure, leur conscience et leur passé. C’est le moment où l’on se penche sur soi, où l’on rassemble ses souvenirs, où l’on ébauche une image ou un jugement.
L’épreuve peut être redoutable si elle est menée sans loyauté. C’est un rendez-vous avec son destin. À chacun de se pencher sur sa personne, de se peser honnêtement, sans complaisance ni sévérité excessive. C’est un regard sur soi-même, mais aussi sur les autres, car c’est dans le regard d’autrui qu’on lit l’estime dans laquelle on vous tient, l’indifférence ou le dédain.”

Ou encore, ce texte anonyme :
“Être jeune.
La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort.
On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années ; on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort.
Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande comme l’enfant, insatiable : et après ? Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi. Aussi vieux que votre doute. Aussi vieux que votre confiance en vous-même. Aussi jeune que votre espoir. Aussi vieux que votre abattement.
Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif. Réceptif à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif au message de la nature, de l’homme et de l’infini.
Si un jour votre cœur est mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard.”

Introduction de Louis Albert Zbinden, résident de la Fondation Lambrechts, maison de retraite protestante à Châtillon, 92, juin 2007
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