Historique
Voici une petite chronologie présentant des événements importants pour le protestantisme réformé de Nîmes. Cette chronologie a été établie par Monsieur Guy Combes du Service Protestant d’Accueil Tourisme et Information
1. Regard du présent sur le passé
2. 1530 – 1598 : De la Réforme à l’Edit de Nantes
3. 1598 -1685 : De l’édit de Nantes à sa révocation
4. De 1685 à 1787 : de la révocation à l’Edit de tolérance (période du désert)
5. La révolution française et le Concordat
6. Ce passé qui nous ouvre la compréhension de l’avenir
1. Regard du présent sur le passé
En octobre 1685, l’Edit de Fontainebleau appelé « révocation de l’Edit de Nantes » amène, entre autre, la destruction de tous les temples protestants à une ou deux exceptions prés. Par la suite, il ne restera aucune trace du patrimoine religieux protestant du XVI ème au XVIII ème siècle. Ce sera à la mémoire de restituer ce patrimoine perdu. Par exemple, à Nîmes, au numéro 30 de la rue de la Madeleine se trouve l’unique vestige du Grand temple de la Calade. De cet édifice qui contenait 4 à 5000 places, il ne reste qu’une des portes latérales…
Sans l’évocation du passé, le protestantisme du XXI ème siècle peut difficilement se comprendre. Un passé qui reste présent dans les habitudes et pratiques qui imprègnent la vie quotidienne des communautés locales. Celles-ci n’y prêtent plus attention, les considérant comme « allant de soi » et faisant partie du caractère protestant au risque d’être parfois mal comprises par les non protestants. Pourquoi à Nîmes existe-t-il un si grand cimetière protestant ? Pourquoi des temples sont-ils d’anciennes églises catholiques ? Pourquoi tant de lieux autour de la ville deviennent l’occasion de rassemblement ? Pourquoi tant de conférences et colloques sur la mémoire du protestantisme ?Ce passé toujours présent, se retrouve dans la dimension religieuse. Un simple exemple : la déclaration de foi de 1938 de l’ERF emploie l’expression « avec ses Pères et ses Martyrs ». Pour le pasteur André Gounelle « à côté des Pères, la déclaration de foi place les Martyrs (1685 – 1787) qui n’ont pas eu seulement, comme nous, à déclarer leur foi, mais l’ont confessé au prix de leur vie ». Un passé qui explique les prises de positions face aux questions actuelles de société, comme par exemple la laïcité.
2. 1530 – 1598 : De la Réforme à l’Edit de Nantes
Le 23 Mars 1561, appliquant les instructions de Calvin, Guillaume Mauger, pasteur venu de Genève en 1559 installe « l’Eglise Chrétienne Réformée de Nîmes » . Depuis déjà quelques temps les idées nouvelles étaient prêchées dans la ville. En 1532, pour la première fois, c’était le fait d’un moine augustin dont l’histoire a oublié le nom (du même ordre religieux que le réformateur allemand Martin Luther). Il fut suivi par bien d’autre prédicateur et aussitôt commencent les premières persécutions. Les premiers bûchers s’allument sans pour autant dissuader les premières assemblées de se réunir. Mais le temps de la clandestinité ne dure pas.
Avec le Pasteur Mauger, la vie religieuse s’organise. De plus, des hommes remarquables comme Pierre Viret ou Théodore de Bèze entraînent les foules vers les idées nouvelles : non seulement la ville de Nîmes mais aussi tout le bas pays environnant passent à la Réforme.
Les autorités catholiques réagissent. En septembre 1562 les troupes du Gouverneur de Provence venues remettre la population nîmoise dans le droit chemin sont brutalement rejetées dans le Rhône. Cette victoire décisive sera suivie par le tristement célèbre jour de la Saint Michel 1567, connu sous le nom de « Michelade ». Une centaine de notables catholiques et d’ecclésiastiques seront massacrés, assurant ainsi au protestants le monopole des pouvoirs sur la ville.
Aussi, pendant les guerres de religion une entente précaire va s’établir à Nîmes entre catholiques et protestants. Une entente qui ne sera même pas troublée en 1572 par les massacres de la Saint Barthélémy. En 1598, l’Edit de Nantes qui met fin aux guerres de religion, accorde la liberté de conscience aux réformés et, dans des limites très étroites, la liberté de culte. Certes, nîmes voit ainsi sa sécurité religieuse confirmée mais en même temps voit naître d’autres dangers car l’Edit impose aussi et partout, le rétablissement public du culte catholique.
3. 1598 -1685 : De l’édit de Nantes à sa révocation
Vingt ans de coexistence pacifique permettent à la ville de développer son industrie lainière et d’assurer une reconversion vers celle de la soie.
Puis arrivent une nouvelle suite de guerres civiles qui cependant touchent surtout la Rochelle et la vallée du Rhône. Louis XIII entrant à Nîmes le 4 juillet 1629 publie « l’Edit de grâce d’Alés » : Nîmes perd ses fortifications. Le nouvel évêque de Nîmes, Mgr Cohon, pour obtenir la conversion de ceux de la « R.P.R » (Religion Prétendue Réformée) emploie la persuasion : il fait venir à Nîmes les Ursulines pour éduquer les jeunes filles et les Jésuites se voient octroyer la moitié des chaires du collège jusqu’alors entièrement occupées par les protestants.
Mais l’étau se resserre. Tout ce qui n’est pas mentionné dans l’Edit de Nantes est considéré comme illégal et par suite interdit. En 1664, l’Académie de Nîmes et l’école de théologie sont fermés, les bâtiments du collège sont remis aux Jésuites et le petit temple Saint Marc est détruit.
A partir de 1679 commencent les mesures d’étouffement. Les édits d’interdiction se multiplient : les charges publiques (consuls), certaines professions (médecine, sages femmes, pédagogues) et métiers (libraires, imprimeurs) sont interdits aux protestants.
Enfin, l’Edit de Fontainebleau, en octobre 1685, révoque l’Edit de Nantes : le protestantisme n’a plus d’existence légale. Deux pasteurs sur quatre abjurent* entre les mains de l’évêque, les deux autres ont quinze jours pour quitter le royaume. Désemparés par l’absence de leur pasteurs, à l’annonce de l’arrivée des Dragons (soldats du Roi) et connaissant les atrocités dont ils sont capables, les protestants abjurent en foule à la cathédrale ou dans les cinq églises de quartier prévues à cet effet.
4. De 1685 à 1787 : de la révocation à l’Edit de tolérance (période du désert)
Pendant plus d’un siècle pendant cette période qui rappelle les quarante année d’errance du peuple d’Israël dans le désert après la sortie d’Egypte, les protestants vont vivre dans la clandestinité.
Passé le premier moment de stupeur, laé vie religieuse reprend. Le culte se déroule toujours dans le cadre famillial et en petits groupes dans les maisons de la ville. Pour obtenir une dimension communautaire, des assemblées se tiennent à quelques lieues des remparts groupant au début des dizaines de personnes, puis des centaines. C’est braver le danger car en cas de surprise par les Dragons du Roi, le châtiment est terrible : pour les hommes: l’envoi aux galères, pour les femmes : la prison (Marie Durand restera prisonnière à la Tour de Constance d’Aigues-Morte pendant 38 ans) et pour les enfants : la mise dans les couvents. Les prédicants eux le paieront de leur vie : c’est la cas, par exemple de Fulcrand Rey, pris et pendu à Nîmes ou de l’avocat nîmois Claude Brousson arrêté et roué à mort à Montpellier en 1698.
Des années de misère et de désespoir entraînèrent la révolte des Cévennes (1700 – 1715) à laquelle Nîmes participa peu : la ville s’était vu imposer la construction d’un fort destiné à une étroite surveillance de la population.Occupée par les dragons, la ville assista impuissante, à la pendaison de nombreux camisards sur l’Esplanade ou au massacre du moulin de l’Agau au culte des rameaux en 1702. La rencontre du chef camisard Cavalier avec le Maréchal De Villars et l’intendant Basville dans le jardin du couvent des Recollets (médiatheque actuelle)annonce l’approche de la fin des combats.
Une partie importante de la population nîmoise va quitter clandestinement la France pour s’installer en Europe et même au delà (Amérique ou Afrique du Sud). C’est la période dite du « Refuge »
Dès 1715, Antoine Court réorganise l’Eglise qui, clandestinement, reprend ses activités d’autrefois mais dans des lieux éloignés de 5 à 12 km de la ville. Les livres interdits sont introduits dans la ville par d’habile stratagème (double fond de tonneaux, …) et distribués dans la ville, le bas pays et les Cévennes.
Enfin, à partir de 1760 s’ouvre une période marquée par une tolérance de fait. Les assemblées se tiennent maintenant aux portes de la ville : carrière de Lecques ou grotte des Fées.L’activité religieuse renaissante se développe grâce à la longue et dangereuse activité du pasteur Paul Rabaut. La monarchie française, absolue et de droit divin, ne peut plus négliger les nombreux protestants du Royaume. L’Edit de novembre 1787 va légaliser le mariage civil d’une partie de la population plutôt que de la reconnaître dans sa spécificité religieuse, disposition étendue à l’ensemble de la population, en 1792, quand les révolutionnaires laïciseront l’état-civil.
5. La révolution française et le Concordat
La déclaration des droits de l’homme en Août 1789 aportera enfin la liberté religieuse. Le fils du Pasteur Paul Rabaut, Rabaut Saint Etienne, participera activement à sa rédaction. Les protestants de Nîmes se dotent alors d’un cimetière où ils pourront enfin ensevelir leurs morts. Enfin en 1802, les articles organiques du Concordat leur accorderont deux églises : celles des Ursulines devenu le Petit-Temple et celle des Cordeliers, aujourd’hui le Grand Temple, en compensation des temples détruits à la révocation
6. Ce passé qui nous ouvre la compréhension de l’avenir
Ignorer son histoire revient à ne plus comprendre son présent. Ce travail de mémoire a un rôle, celui de témoigner, de rappeler ce qui est arrivé. Non pour vivre tourné vers le passé, le regretter ou le répéter sans cesse en s’y enfermant. Mais, au contraire, pour en tenir compte en se tournant vers l’avenir, aller de l’avant et éviter, autant que peut se faire, un certains nombre d’erreurs déjà commises. La connaissance de l’histoire confère un rôle de veilleur, de garde fou pour soi-même mais aussi et surtout pour autrui. Eclairés par une histoire de lutte pour l’exercice de la liberté de conscience religieuse, les protestants d’aujourd’hui ne peuvent qu’être alertés contre toute tentative de restriction de la liberté d’expression et de conscience. C’est en cela qu’ils sont « protestants » qui signifie « protester » mais aussi et surtout « attester » : ils attestent de la merveilleuse liberté reçue de Dieu dans la foi en Jésus-Christ.
Pour toutes informations complémentaires, consulter :
- Itinéraires protestants en Languedoc XVI-XX° Siècle – Tome 2 – Pays Gardois sous la direction de Patrick Cabanel – Ed « Les presses du Languedoc » – 479 p – 1988
- la Maison du Protestantisme – 3, rue Claude brousson – 30000 Nîmes




