Et la soupe, elle est bonne…?
Par francois carrel • 1 juil, 2009 • Catégorie: Articles
«Heureux les pauvres, les affamés, les malades et les désespérés. Vos vertus et vos vices importent peu.
Ce qui importe c’est votre situation d’êtres opprimés, victimes d’une société perverse*».
Cette exhortation extraite de l’introduction à une nouvelle théologie de la libération, écrite en 1993 par Léonardo Boff est malheureusement toujours d’actualité.
Une société dominée par un système politique, économique et social inique qui a son fondement dans l’exploitation de l’homme par l’homme. Une doctrine de vie pour quelques élites, de mort pour le plus grand nombre ! Rien de chrétien et d’humaniste là-dedans.
Ce système broie les hommes et les femmes les plus fragiles d’entre nous et plus durement encore celles et ceux du Sud. Il livre l’humanité tout entière en sacrifice à de fausses idoles : la puissance et le pouvoir, la richesse et l’argent, la force policière et militaire. Mais pas seulement l’humanité, aussi le creuset de celle-ci : la terre.
A l’inverse des anciens alchimistes, il transmute le plus précieux parfum qui s’exhale des profondeurs de l’être humain en un nauséabond relent de marigot.
Doctrine moralement condamnable et profondément injuste : feindre de croire à l’existence possible d’un capitalisme à visage humain est, à mon sens, une erreur. Cette fable inventée est seulement là pour nous convaincre qu’en dehors de celui-ci, point de salut. Il est vrai que les tyrannies bureaucratiques de l’ancien bloc de l’Est se réclamant du socialisme (la Chine et la Corée du Nord restent aujourd’hui les derniers tristes représentants de cette anomalie sociale) ont contribué à renforcer l’idée que seul le capitalisme pouvait changer la terre en un paradis… autre que fiscal.
Depuis des mois, dans la presse écrite, radiophonique, télévisuelle ou numérique, des gens «bien intentionnés» nous parlent de réformer le capitalisme. Seul hic, le capitalisme ne se réforme jamais, il se transforme toujours. Paré de nouveaux masques, de nouveaux atours, le cœur de celui-ci reste semblable à une pierre froide et dure. Insensible à la détresse humaine, sourd aux supplications de ceux qui souffrent, il poursuit avec toujours la même volonté la même finalité : soumettre l’humanité à l’adoration de ses idoles.
Hier, un capitalisme paternel qui a mené tambour battant et baïonnette au fusil les pires des guerres coloniales; aujourd’hui, un néo-libéralisme à l’esprit revanchard animé par le seul désir de détruire la moindre parcelle de justice, de tolérance, de solidarité qui subsiste encore ici et maintenant.
Suborneur d’un pouvoir politique si peu républicain et tellement monarchique, nombre de personnes séduites par son chant de sirène, allant jusqu’à renier leur humanité sans aucune pudeur, abandonnent alors toute dignité pour aller à la soupe… pas populaire celle-ci.
Je terminerai en paraphrasant Leonardo Boff : «Il n’y a pour nous qu’une seule voie de salut : être solidaire de tous les opprimés dans la lutte pour le pain, la liberté, l’égalité, la fraternité, la tendresse et la beauté. Pas seulement pour ces luttes en soi mais aussi pour nous, pour tous. Endossons le projet des pauvres, qui est de transformer les choses afin que le droit universel de vivre et d’être libre soit reconnu pour tous*».
Alain Méresse-Kontzi
*LA TERRE EN DEVENIR, Une nouvelle théologie de la libération (Introduction)
Auteur : Leonardo Boff - Editeur : Albin Michel - Collection Paroles vives




